Face à une proposition d’indemnisation jugée insuffisante suite à un sinistre, l’assuré se sent souvent démuni contre le géant qu’est sa compagnie d’assurance. Pourtant, contester le rapport initial n’est pas un acte de rébellion, mais un droit contractuel fondamental qui repose sur l’intervention stratégique d’un expert d’assuré.
Qu’est-ce que l’expertise contradictoire et pourquoi est-elle nécessaire?
Il est primordial de comprendre la position de l’expert envoyé par votre assurance juste après le sinistre. Bien que soumis à une déontologie professionnelle, ce technicien est mandaté et rémunéré par la compagnie d’assurance. Son objectif, conscient ou non, reste de limiter le coût du sinistre pour son donneur d’ordre en appliquant strictement, voire restrictivement, les clauses du contrat. Lorsque vous recevez une proposition d’indemnisation qui vous semble dérisoire par rapport aux dommages réels, vous entrez dans une phase de désaccord technique. C’est ici qu’intervient la notion d’expertise contradictoire.
Ce terme désigne simplement une nouvelle évaluation des dommages, mais cette fois-ci réalisée à deux voix. Vous mandatez votre propre professionnel, appelé expert d’assuré ou contre-expert, pour faire face à celui de la compagnie. L’objectif est de rétablir l’équilibre des forces. On passe d’un monologue où l’assureur décide seul, à un débat technique argumenté où chaque poste de préjudice est discuté, mesuré et négocié pied à pied. C’est le seul moyen légal et amiable de forcer la réouverture du dossier avant d’envisager une quelconque action en justice.
Le rôle pivot de l’expert d’assuré dans la négociation
L’expert d’assuré ne se contente pas de refaire les calculs. Il endosse un rôle de défenseur technique et contractuel. Sa mission est de passer au crible votre contrat multirisque habitation ou professionnel pour y déceler toutes les garanties activables que l’expert de la compagnie aurait pu omettre par rapidité ou par économie. Il va notamment s’attarder sur le chiffrage des dommages immobiliers et mobiliers, mais aussi sur les pertes immatérielles souvent négligées.
Prenons l’exemple de la vétusté, ce coefficient de dépréciation appliqué à vos biens en fonction de leur âge et de leur usure, un peu comme la décote d’une voiture d’occasion qui diminue sa valeur marchande chaque année. L’expert de l’assurance a tendance à appliquer des taux de vétusté élevés pour réduire l’indemnité versée. Votre contre-expert, lui, va batailler pour minimiser ce taux ou prouver que l’entretien régulier du bien justifie une valeur plus élevée. Il va également s’assurer que les mesures conservatoires, ces travaux d’urgence réalisés pour éviter que la situation ne s’aggrave (comme le bâchage d’une toiture), sont intégralement prises en charge. Son langage est celui du bâtiment et du droit des assurances, ce qui lui permet de parler d’égal à égal avec son confrère adverse lors des réunions d’expertise.
Comment financer cette intervention technique?
Une idée reçue tenace laisse penser que faire appel à un expert privé est un luxe réservé aux gros sinistres industriels. C’est faux, et c’est souvent économiquement viable même pour des sinistres domestiques moyens. La première chose à vérifier est votre contrat d’assurance lui-même. La grande majorité des polices modernes incluent une garantie « honoraires d’expert ». Cette clause signifie que votre assureur s’engage à rembourser, dans une certaine limite (souvent un pourcentage du montant des dommages ou un plafond fixe), les frais de votre propre expert.
Même en l’absence de cette garantie, ou si le plafond est dépassé, l’intervention reste pertinente. Le modèle économique des experts d’assurés repose souvent sur un pourcentage des sommes récupérées ou un forfait indexé sur le gain final obtenu grâce à leur intervention.
Si le contre-expert parvient à augmenter votre indemnisation de 30 ou 40 %, ce qui est fréquent dans les dossiers mal engagés, ses honoraires sont largement couverts par le surplus d’indemnité perçu.
C’est un investissement sur le résultat final du dossier. Il est toutefois crucial de signer une convention d’honoraires claire dès le début de la mission pour éviter toute surprise et sceller l’alliance entre vous et votre défenseur technique.



